Associer carnets de voyage et festivals du monde, c'est choisir de vivre une fête crayon en main plutôt qu'à travers un écran. Le principe est simple : on part assister à une grande célébration (Día de Muertos au Mexique, Inti Raymi au Pérou, carnaval de Venise, fête des lanternes en Thaïlande) et l'on en rapporte un récit fait de croquis, de couleurs, de mots glanés et de petits objets collés. En France, ce genre a même ses propres rendez-vous, où les carnettistes exposent leurs pages et partagent leurs routes. Voici les fêtes qui s'y prêtent le mieux, les lieux pour découvrir le genre et une méthode concrète pour remplir ses pages sans rien manquer du spectacle.
- Le carnet de voyage mêle dessin, écriture et collage pour raconter un lieu ou un événement vécu.
- Les fêtes les plus inspirantes sont celles qui durent plusieurs jours et offrent des temps calmes : préparatifs, processions, veillées.
- En France, le Rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand, chaque mois de novembre, reste la grande vitrine du genre.
- Aucun niveau de dessin n'est exigé : l'écriture, les plans griffonnés et les collages comptent autant que le trait.
Le carnet de voyage, un genre né au contact des fêtes lointaines
Bien avant les réseaux sociaux, les voyageurs dessinaient ce qu'ils voyaient. En 1832, Eugène Delacroix accompagne une mission diplomatique au Maroc et noircit plusieurs albums de croquis, d'annotations et de lavis : cavaliers, noces juives, scènes de rue. Ces pages, aujourd'hui conservées en partie au musée du Louvre, sont souvent citées comme l'un des modèles du carnet de voyage moderne.
Ce qui frappe dans ces albums, c'est la place accordée aux moments collectifs. Une fête concentre en quelques heures tout ce qu'un voyageur cherche à comprendre d'un pays : ses costumes, sa musique, sa nourriture, sa manière de se rassembler. Le carnet devient alors un outil d'observation lente, qui oblige à regarder un geste assez longtemps pour le reproduire, à demander le nom d'un plat, à noter le refrain qu'on entend en boucle. C'est précisément cette lenteur qui fait la différence avec la photo prise en une fraction de seconde.
Les festivals du monde qui inspirent le plus les carnettistes
Toutes les fêtes ne se valent pas pour qui dessine. Les plus généreuses offrent des décors forts, une durée suffisante et des instants où l'on peut s'asseoir quelque part sans être bousculé. Ce tableau rassemble quelques grands classiques, avec la période habituelle et ce qu'on y croque le plus volontiers.
FêteLieuPériode habituelleCe qui remplit les pagesCarnaval de VeniseItalieFévrier, avant le CarêmeMasques, costumes figés sur les ponts, reflets des canauxFestival Gnaoua et musiques du mondeEssaouira, MarocJuinMusiciens, instruments, remparts et ruelles bleuesInti RaymiCusco, Pérou24 juinCortèges, costumes incas, esplanade de SacsayhuamánFoire de PushkarRajasthan, IndeOctobre ou novembre, selon le calendrier lunaireDromadaires, turbans colorés, ghats du lac sacréDía de MuertosMexique, notamment OaxacaFin octobre et 1er et 2 novembreAutels, fleurs de cempasúchil, calaveras peintesYi PengChiang Mai, ThaïlandeNovembre, à la pleine luneLanternes, temples, nuits illuminéesLes dates varient d'une année sur l'autre pour les fêtes liées à un calendrier lunaire ou religieux : il vaut mieux les confirmer auprès des offices de tourisme locaux avant de réserver. On remarquera aussi que l'automne est une saison particulièrement riche, entre Pushkar, le Día de Muertos et Yi Peng, ce qui permet d'enchaîner deux fêtes lors d'un même long séjour en Asie ou en Amérique latine.
Où découvrir des carnets de voyage en France avant de partir
Feuilleter les carnets des autres est la meilleure façon de trouver son propre style. Le Rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand, organisé chaque année en novembre depuis le début des années 2000, réunit des dizaines d'auteurs qui présentent leurs originaux, des éditeurs spécialisés et des ateliers ouverts au public. On y voit des pages entièrement dessinées, d'autres presque uniquement écrites, d'autres encore construites autour de collages et de tickets.
À Saint-Malo, le festival Étonnants Voyageurs, consacré à la littérature de voyage, accorde lui aussi une place aux récits illustrés et à la bande dessinée de reportage. Plus modestement, de nombreuses médiathèques et associations organisent des expositions ou des sorties de dessin en groupe : une bonne manière de rencontrer des carnettistes qui ont déjà vécu les fêtes dont on rêve et qui savent quels coins éviter.
S'entraîner sur une fête de village avant le grand voyage
Imaginons Claire, qui prépare depuis des mois son départ pour Cusco et l'Inti Raymi. Elle sait dessiner un paysage tranquille, mais n'a jamais tenu son carnet au milieu d'une foule qui avance, d'une fanfare qui passe et d'enfants qui se penchent pour voir ses pages. Plutôt que de découvrir ces difficultés à dix mille kilomètres de chez elle, elle décide de s'exercer sur une fête plus proche : une fête patronale, un marché du terroir, une brocante de printemps dans un bourg de la Marne.
Ce terrain d'essai a tout d'une répétition générale. On y rencontre les mêmes contraintes qu'à l'autre bout du monde, en version douce : choisir un poste d'observation, saisir une silhouette en mouvement, écrire vite les phrases entendues, gérer la lumière qui tourne. Esternay, entre Brie et Champagne, offre ce genre de cadre avec son château, ses rues de bourg et les chemins de la vallée du Grand Morin, et les ressources réunies dans ce focus sur la commune et ses environs aident à repérer une date d'animation ou une balade avant de s'y installer avec son matériel. Claire reviendra de sa journée avec deux doubles pages imparfaites, et surtout la certitude de savoir quoi emporter, où se placer et combien de temps elle peut tenir debout.
Cette habitude a un autre mérite : elle rappelle qu'un carnet de voyage ne se réserve pas aux destinations lointaines. Les pages consacrées à une fête de village dialoguent souvent très bien, une fois reliées, avec celles d'un grand festival étranger.
Construire une double page quand tout bouge autour de soi
Au cœur d'une fête, l'erreur la plus courante consiste à vouloir tout dessiner en détail dès la première heure. Les carnettistes expérimentés procèdent plutôt par couches successives :
Cette méthode permet de rester présent à la fête au lieu de s'enfermer dans sa page. Elle laisse aussi des blancs, et ces blancs ont leur charme : ils montrent ce qui s'est passé trop vite pour être saisi.
Dessiner les autres sans les déranger
Une fête du monde n'est pas un décor installé pour les visiteurs. Beaucoup de célébrations gardent une dimension religieuse ou familiale forte : on ne s'assoit pas devant un autel du Día de Muertos comme devant un monument. Avant de s'installer, un sourire et un geste vers le carnet suffisent souvent à obtenir un accord, et montrer ses pages à la personne dessinée ouvre régulièrement la conversation. Si quelqu'un refuse, on range le crayon sans discuter. Dans les lieux de culte, mieux vaut se renseigner sur les usages, rester en retrait et privilégier les croquis d'architecture plutôt que les portraits.
+Quelle différence entre un carnet de voyage et un simple journal de bord ?
Le journal de bord consigne surtout des faits, des étapes et des horaires. Le carnet de voyage cherche à transmettre une atmosphère : il associe le dessin, l'écriture libre et les collages, et il se compose comme un objet que d'autres pourront feuilleter.
+Quelles techniques sèchent assez vite pour dessiner debout pendant une fête ?
Le feutre fin résistant à l'eau, le crayon graphite et les crayons aquarellables sont les plus pratiques. L'aquarelle classique fonctionne aussi avec un pinceau à réservoir, à condition d'utiliser peu d'eau et de garder la grande mise en couleur pour le soir.
+À quelle saison trouve-t-on le plus de grandes fêtes à raconter ?
Le mois de juin et l'automne sont particulièrement riches. Juin rassemble de nombreux solstices et festivals de musique, tandis qu'octobre et novembre voient se succéder la foire de Pushkar, le Día de Muertos et les fêtes de lumières d'Asie du Sud-Est.
+Peut-on mêler photos imprimées et croquis dans les mêmes pages ?
Oui, et beaucoup de carnettistes le font. Une petite photo collée à côté d'un croquis apporte un repère précis, pendant que le dessin raconte ce que l'objectif ne capte pas : le bruit, la chaleur, le sentiment du moment.
+Le Rendez-vous de Clermont-Ferrand est-il ouvert aux visiteurs non initiés ?
Oui, il s'adresse à un large public. Les visiteurs y découvrent des carnets originaux, rencontrent leurs auteurs et peuvent souvent participer à des ateliers d'initiation. Les modalités d'accès évoluant selon les éditions, il est conseillé de consulter le programme de l'année.